Qualité d’accueil à la crèche : ce que nous avons retenu du colloque de l’ACEPP
Le 9 octobre 2026, l’équipe de la Crech’en’Do a participé au colloque « Regards croisés sur l’évaluation de la qualité d’accueil », organisé par ACEPP Alpaje 05 à La Bâtie-Neuve. Des sociologues, une psychologue et des professionnels de la petite enfance y ont échangé toute la journée sur une question simple : comment savoir si l’on accueille bien les tout-petits ? Voici ce que nous en retenons, pour les familles qui nous font confiance.
Qui est ACEPP Alpaje 05 ?
ACEPP Alpaje 05 est la fédération des Hautes-Alpes de l’ACEPP (Association des Collectifs Enfants Parents Professionnels), un mouvement national qui rassemble des structures d’accueil de la petite enfance fondées sur l’association entre parents et professionnels. Elle accompagne les équipes du département, organise des temps de réflexion et de formation, et propose des outils pour faire vivre les grands textes de référence du secteur.
Ce colloque, ouvert aux adhérents, associait conférence, table ronde et ateliers en équipe. Il a aussi permis de présenter une démarche d’auto-évaluation construite par le réseau ACEPP. Pour en savoir plus : www.alpaje-acepp05.fr.
Pourquoi parle-t-on autant de qualité d’accueil ?
Depuis le rapport de l’IGAS de 2023, publié après le drame de Lyon, la qualité d’accueil est devenue un sujet central. Ce rapport a montré que l’accueil collectif n’était pas toujours à la hauteur de sa réputation. Un quart des professionnels interrogés disaient avoir déjà constaté des négligences ou des maltraitances dans un établissement.
Ce constat a conduit à la création d’un référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant. Il s’appuie sur la Charte nationale pour l’accueil du jeune enfant. Il recentre l’accueil sur les besoins de l’enfant, avec une approche éducative et pas seulement sanitaire.
La Charte nationale : dix principes pour grandir en toute confiance
Créée par l’arrêté du 23 septembre 2021, la Charte s’applique à tous les modes d’accueil : crèches, assistants maternels et gardes à domicile. Chaque établissement doit expliquer dans son projet comment il met ces principes en pratique. Ils sont affichés dans les structures et mis à disposition des parents.
- Un accueil pour tous : chaque enfant est accueilli quelle que soit sa situation ou celle de sa famille (handicap, difficultés sociales, horaires atypiques…).
- Un développement global, à son rythme : le jeune enfant se construit par le langage, le corps, le jeu et l’expérience. Il a besoin qu’on lui parle, de temps et d’espace pour jouer librement.
- Un accueil de l’enfant et de sa famille : l’enfant se sent bien accueilli quand ses parents le sont aussi. La relation avec tous les adultes qui l’entourent se construit dans la confiance et la clarté.
- Des professionnels bienveillants : ils encouragent son envie d’apprendre, de se socialiser et de découvrir, dans un cadre sécurisant et ludique.
- L’art, la culture et les échanges interculturels : ils éveillent les sens et la créativité, et ouvrent l’enfant au monde.
- Le contact avec la nature : il est essentiel à son développement.
- La lutte contre les stéréotypes sexistes : filles et garçons sont valorisés pour leurs qualités personnelles, et la mixité des équipes est encouragée.
- Un environnement beau, sain et propice à l’éveil : les espaces garantissent à la fois la sécurité de l’enfant et son éveil.
- Des adultes bien traités, pour des enfants bien traités : les professionnels ont besoin de temps pour réfléchir, se documenter et échanger entre collègues. L’accueil est participatif, évolutif et bientraitant.
- Des professionnels qualifiés et en nombre suffisant : ils sont formés et s’intéressent aux particularités de la petite enfance. C’est la première garantie d’un accueil de qualité.
Évaluer, oui, mais comment ?
Les intervenants ont insisté sur un point : une évaluation peut être un contrôle imposé de l’extérieur, ou une réflexion que les équipes mènent ensemble. La seconde approche leur paraît la plus utile. Elle part de ce que les professionnels font réellement au quotidien et de ce qu’ils aimeraient améliorer.
La démarche présentée par l’ACEPP suit quatre étapes :
- décrire les pratiques réelles ;
- les auto-évaluer collectivement, de « pas encore en place » à « partagée par toute l’équipe » ;
- repérer des pistes d’amélioration ;
- construire un plan d’action fait de petits pas réalistes.
L’idée n’est pas de noter la crèche, mais de comprendre pourquoi on fait ce que l’on fait, et de progresser sans perdre le sens du projet.
Ce que la journée nous a rappelé
Observer les enfants. Pierre Moisset, sociologue, a souligné que l’observation attentive et répétée des enfants est le meilleur moyen de juger la qualité d’un accueil. Elle ne se résume pas à une visite d’un jour ou à une grille.
Le détail compte. La qualité se joue dans des choix très concrets : faire dormir les enfants ensemble ou à leur rythme, adapter la hauteur des tables et des chaises tout en gardant la convivialité du repas…
Oser parler des journées difficiles. Il existe des journées qui se passent moins bien, et des contraintes d’organisation qui limitent l’individualisation. En parler honnêtement avec les parents donne une image plus juste du métier.
Prendre soin des équipes. Sylviane Giampino, psychologue et présidente du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, a rappelé que le bien-être des enfants dépend aussi de celui des adultes qui les entourent. C’est précisément le neuvième principe de la Charte. Cela suppose des temps pour se parler, réfléchir à ses pratiques et se former. Laurent Fraisse, sociologue, a ajouté que ces temps ont un coût, qui doit être reconnu et financé.
Garder l’humain au centre. Les intervenants ont mis en garde contre des outils numériques de pilotage de la qualité qui transformeraient l’évaluation en simple contrôle. Les savoirs d’expérience des professionnels restent essentiels.
Et les parents dans tout ça ?
Les parents ont leur place dans cette réflexion, même si elle est parfois difficile à construire : ils sont absents pendant la journée et connaissent peu le quotidien de la crèche. C’est pourquoi la confiance se construit par des échanges réguliers, des transmissions de qualité et l’ouverture de la structure aux familles. N’hésitez pas à nous poser vos questions et à partager vos observations.
Notre engagement
Ce colloque nous conforte dans notre manière de travailler : réfléchir en équipe, observer les enfants, rester attentifs aux familles et améliorer nos pratiques pas à pas. Nous continuerons à faire vivre ces réflexions dans notre crèche.
Eugénie Ruffoni – Directrice adjointe de la Crech’En’Do

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